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La restauration de la création : quelle place pour les animaux ?| Strasbourg | 12-14 mars 2105

« La restauration de la création : quelle place pour les animaux ? »

Colloque ERCAM, 12-14 mars 2015

Strasbourg, Palais Universitaire

Programme colloque ERCAM

Le programme de recherche initié en 2013 par l’ERCAM (Équipe de recherches sur le christianisme ancien et médiéval – EA 4377) se définit sous le titre : « Théologie de la création : des animaux et des hommes ». Relire sous cet angle les œuvres des philosophes et théologiens anciens et médiévaux n’est pas sans résonance avec les préoccupations les plus actuelles dans notre société et parmi les chercheurs : c’est le cas d’une réflexion de plus en plus attentive sur la redéfinition du statut juridique des animaux, de la part des philosophes, des théologiens, mais aussi des juristes et des hommes politiques. Il suffit, à cet égard, de citer l’intitulé de l’un des ouvrages les plus importants de la philosophe française Élisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes (1998), faisant allusion au trait le plus saillant de la réflexion philosophique à l’égard de l’animal : l’absence de logos. Mais le « silence » du titre se réfère également à la difficulté, patente chez philosophes et théologiens, à prendre en considération l’animalité en tant que telle, sans la réduire au symbole ou à l’allégorie.

Le colloque de mars 2015 vise à aborder le thème complexe du statut des animaux dans la spéculation chrétienne ancienne et médiévale selon une perspective eschatologique, en se concentrant, en particulier, sur la question du salut des animaux dans le projet divin.

Un parcours biblique s’impose d’abord. En effet, dans le plan providentiel divin illustré dans la Bible, les animaux, bien qu’ils soient soumis à l’homme, conservent en propre une dignité que l’homme doit respecter : cette dignité ressort, en dernière analyse, du don de la vie qui unit l’homme et les animaux (l’un et les autres sont également, selon Gn 2, 7-19, psychaì zôsai, « âmes vivants », « êtres vivants »), et qui établit, en même temps, un rapport particulier entre ceux-ci et Dieu. La tension et l’écrasement réciproque entre l’homme et les animaux sont présentés dans la Bible comme une réalité provisoire, qui dans les temps derniers est destinée à faire place à une unité et harmonie profonde pas seulement entre l’homme et Dieu mais aussi entre l’homme et les animaux (cf. Ez 34, 25 ; Is 11, 6-8; 65, 25). L’attente de la restauration de la création trouve un accomplissement anticipé, même s’il est partiel, dans certaines épisodes de réconciliation de l’homme avec les animaux, présentes dans le Nouveau Testament (voir par ex. Mc 1, 13 ; Ap. 21, 1). Les réflexions liées à la promesse du renouvellement de la création, dont parle Paul en Rm. 8, 21, incluent la question de l’avenir des animaux dans ce nouveau paradis.

La richesse de la relation entre hommes et animaux dans l’univers biblique semble s’appauvrir à partir des premiers siècles de notre ère, en particulier depuis la dissociation progressive du christianisme de son enracinement juif. C’est aussi, sans doute, une des conséquences de l’interprétation allégorique de l’Ancien Testament, ainsi que de l’inculturation de la doctrine chrétienne dans un cadre platonicien – s’y trouve accentué un anthropocentrisme caractérisé par une attention privilégiée à la partie spirituelle de l’âme. Par ailleurs, on sait que divers écrits chrétiens des premiers siècles sont fortement marqués par des accents millénaristes, liés à la perspective de la salus carnis, souvent représentée à travers les images concrètes d’un bonheur terrestre : si le royaume est proche, les créatures, le cosmos y auront-ils part dans la récapitulation de toutes choses dans le Christ (Eph 1, 10) ? Dans leurs élaborations théologiques et leur discours pastoral, les auteurs chrétiens de l’Antiquité tardive font-ils vraiment place à la question des animaux ? Ne sont-ils pas les grands absents de la sotériologie ? Enfin, le thème de l’amitié entre les saints et les animaux, une autre forme qu’adopte l’anticipation de la restauration de l’harmonie originaire ne se réduit-il pas à un motif hagiographique ? Ou bien contient-il l’idée que le paradis nouveau gardera trace de toutes les formes de vie ?

Pour ce qui est de la période médiévale, la plupart des travaux sur les animaux s’intéressent à la valeur symbolique que détiennent ceux-ci dans la réflexion philosophique et théologique – les animaux, en effet, servent presque toujours de modèle d’altérité dans la construction d’une anthropologie. Nombreux sont les exemples de théologiens qui réduisent la valeur ontologique des animaux à un simple signe ou vestige du Créateur, à une étape, donc, du chemin qui nous mène à Dieu. Mais il n’en reste pas moins que la doctrine chrétienne elle-même soulevait des questions qu’il était difficile de contourner quant à la place et au rôle de l’animal dans l’histoire du salut. À ce propos, ce colloque entend inciter une réflexion sur la place que le discours doctrinal au Moyen Âge accorde aux animaux – et à l’animal dans l’homme – dans la doctrine de la restauration de la création. La vie bienheureuse à la fin des temps reproduit-elle la population édénique ? Si, comme le prétend Thomas d’Aquin, le péché de l’homme n’a changé en rien la nature et la condition des animaux, pourquoi la vie animale est-elle exclue du paradis, tout comme les fonctions animales des corps des ressuscités ? Pour reprendre les termes de Giorgio Agamben, l’économie du salut semble, en effet, laisser un reste impropre à toute rédemption. La construction doctrinale qui a informé le discours médiéval à ce sujet s’articule autour de trois concepts décisifs que nous nous proposons de dégager : celui de « créature » (est-ce un titre réservé à l’homme seul, comme être d’exception, ou inclut-il les animaux ?) ; celui de fin ultime ou de « bonheur » (en quoi consiste-t-il ?, quelles sont les conditions psychologiques que doivent réunir les êtres invités à en bénéficier ?) ; enfin, celui d’âme, autrement dit d’être vivant (la vie est-elle l’apanage de l’homme, seule créature à bénéficier d’une âme immortelle ?, sur quoi repose la corruptibilité de l’âme sensitive ?). Questions parfois embarrassantes que les théologiens médiévaux ont tenté d’agencer en puisant dans les sources bibliques comme profanes. Parmi ces dernières, la psychologie et les traités zoologiques d’Aristote constituent, rien d’étonnant, une pièce maîtresse, qu’il sera question d’explorer dans une perspective sotériologique.

À partir de ces données, notre colloque se propose la tâche ambitieuse de déconstruire l’échafaudage théorique qui, dans l’Occident chrétien, accorde aux animaux une place inférieure dans la hiérarchie de l’être en les excluant des fins eschatologiques réservées à l’homme seul.

Michele Cutino

Isabel Iribarren

Françoise Vinel

Anne Simon
Anne Simon
Anne Simon est Directrice de recherche au CNRS et Professeure à l'Ecole normale supérieure (Paris). Responsable du Centre international d'étude… Lire la suite

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Anne Simon (20 février 2015). La restauration de la création : quelle place pour les animaux ?| Strasbourg | 12-14 mars 2105. Animots. Consulté le 15 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/b6ap


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