VERS UN MONDE COMMUN ? DÉCONSTRUIRE LES CONFLITS, REPENSER LES LIENS TERRESTRES | 25ᵉ Université européenne d’été du réseau OFFRES | Université Charles de Prague |12-19 juillet 2026

VERS UN MONDE COMMUN ?
II. DÉCONSTRUIRE LES CONFLITS, REPENSER LES LIENS TERRESTRES
25ᵉ Université européenne d’été du réseau OFFRES
Université Charles de Prague, 12-19 juillet 2026
Présentation générale
L’Université européenne d’été 2026, organisée à l’Université Charles de Prague (12–19 juillet 2026), portera sur les conditions d’un monde commun terrestre à l’heure des crises écologiques et sociales. Elle examinera comment les sociétés humaines peuvent cohabiter sur une planète finie, où les usages des ressources, les formes de développement et les conceptions de la justice climatique divergent profondément. Croisant la philosophie, la littérature, la sociologie, les sciences politiques, l’économie et l’histoire, l’Université analysera les pratiques, institutions et récits qui contribuent à maintenir un monde habitable pour tous, humains et non-humains. Elle proposera un espace de dialogue interdisciplinaire et européen dédié à la compréhension des tensions entre pluralité des appartenances et solidarité écologique globale.
Contexte
Après l’Université européenne d’été de Lyon, consacrée en 2025 à la dimension politique et historique du monde commun, l’édition pragoise de 2026 abordera sa dimension terrestre et écologique. Le monde commun n’est pas seulement l’espace du vivre-ensemble humain : il est également l’écosystème fragile et interdépendant où se tissent les conditions mêmes de la vie. L’époque actuelle révèle moins notre séparation d’avec la nature que notre coexistence problématique en son sein : ce qui autrefois relevait de déséquilibres locaux devient désormais un dérèglement global des conditions de la vie terrestre, et les effets des activités humaines se répercutent à l’échelle planétaire. Alors que les sociétés se fragmentent selon des lignes de pouvoir et d’accès aux ressources, nous demeurons pourtant pris dans un même réseau de dépendances vitales, si bien qu’en détruisant les conditions d’existence des autres vivants, c’est notre propre avenir que nous condamnons. Cette tension entre la divergence des intérêts et l’unicité du monde habitable constitue le fil directeur de notre réflexion. De ce point de vue, notre université d’été entend analyser les conflits environnementaux afin de comprendre comment des formes de cohabitation deviennent possibles malgré la pluralité irréductible des perspectives. Elle cherchera à repenser les liens terrestres, c’est-à-dire ces relations multiples (écologiques, techniques, économiques, symboliques, affectives) qui nous relient aux autres vivants et aux milieux de vie dont dépend notre existence commune.
Comprendre les conflits environnementaux
La conflictualité écologique met à l’épreuve la notion même de commun. Les affrontements autour des ressources (eau, sols, air, énergie, biodiversité) sont aussi des conflits de cosmologies (Philippe Descola) : des désaccords sur ce que partager la Terre veut dire. Bruno Latour et Isabelle Stengers ont montré que ces disputes ne se réduisent pas à des luttes d’intérêts, mais qu’elles opposent différentes cosmopolitiques, c’est-à-dire des manières distinctes d’habiter la planète et de définir ce qui compte comme réel, vivant, ou digne de protection et de respect. Comprendre ces conflits, c’est reconnaître qu’ils ne relèvent pas seulement du champ politique, mais qu’ils mettent en cause la représentation même de la nature héritée de la modernité.
Dans cette perspective, les courants de pensée écophénoménologiques, inspirés notamment par Merleau-Ponty et prolongés par David Abram, Gernot Böhme ou Ted Toadvine, invitent à repenser la perception non pas comme rapport à un objet, mais comme immersion réciproque dans un monde sensible partagé. La nature n’y est plus un dehors à explorer, mais le tissu même de notre corporéité, un champ de résonance entre vivants. De leur côté, les penseurs de la Deep Ecology (Arne Naess, Val Plumwood, Arne Johan Vetlesen) insistent sur le continuum du vivant : l’humain n’est pas un maître séparé et souverain, mais un nœud parmi d’autres dans la trame de la vie.
Les conflits environnementaux révèlent ainsi la fausse alternative entre domination et harmonie : nous ne pourrons pas « résoudre » ces conflits sans interroger la logique d’appropriation qui les engendre et le mode de « faire économie » de la vie que nous voulons mener. La Terre n’est pas divisible en parts autonomes, mais elle n’est pas non plus une abstraction unifiée ; elle est ce que Donna Haraway appelle un “terrain de composition”, où coexistent le dissensus, la négociation et la cohabitation précaire.
Repenser les liens terrestres
Repenser les liens terrestres, c’est peut-être apprendre à penser avec la Terre à la fois comme sol d’existence, milieu de mémoire et horizon de responsabilité. Le monde commun se redéfinirait alors comme un enchevêtrement de relations (entanglement, concept clé de Karen Barad et de Timothy Morton) qui nous contraindrait à dépasser la logique de l’individu souverain pour concevoir des formes d’interdépendance vécue.
La littérature et les arts contemporains nous offrent de puissantes mises en scène de ces liens fragiles. The Ministry for the Future de Kim Stanley Robinson explore la diplomatie climatique mondiale à travers la fiction d’un gouvernement planétaire confronté à l’urgence de la survie collective, tandis que Underland de Robert Macfarlane plonge dans les strates souterraines du monde pour y interroger la mémoire de la Terre et la responsabilité humaine à l’échelle du temps profond. De tels récits proposent le déplacement de l’éthos du progrès vers une éthique du maintien, où l’humanité n’est plus définie par sa maîtrise des ressources terrestres, mais par sa capacité à préserver la continuité d’un monde habitable à travers les âges.
Cette perspective résonne avec les analyses de la justice environnementale (Rob Nixon, Joan Martinez-Alier, Achille Mbembe), qui soulignent que les crises écologiques ne touchent pas tous les corps de la même manière. Les inégalités d’exposition à la pollution, à la chaleur ou à la raréfaction des ressources existent et sont souvent interprétées comme un prolongement des anciennes hiérarchies coloniales. L’écologie n’est donc pas seulement affaire de nature, mais de géopolitique des interdépendances : ce que nous faisons à nos milieux, nous le faisons aux autres humains. Ainsi, repenser les liens terrestres invite à reconnaître que le monde commun ne peut survivre que par une solidarité de cohabitation, au sens qu’en donne Baptiste Morizot : une diplomatie du vivant fondée sur la reconnaissance réciproque des vulnérabilités.
Axes de travail
- Habiter la Terre : conflits d’usage, communs écologiques et justice environnementale
De la philosophie politique aux mouvements citoyens : comment redéfinir les communs terrestres dans un monde marqué par la compétition pour les ressources ? Études de cas : eau, forêts, sols, infrastructures énergétiques, pollution urbaine. Comment transformer ces lieux de tension en espaces d’expérimentation politique et démocratique ?
- Savoirs, récits et expériences du terrestre
Comment les récits fictionnels et poétiques reconfigurent-ils notre rapport au vivant et au monde habitable ? Entre représentation, cartographie et performance artistique, comment les pratiques narratives et visuelles participent-elles à une expérience partagée du terrestre et à la construction d’une sensibilité écologique commune ?
- Techniques et cohabitations
Villes, infrastructures et technologies : comment penser les milieux techniques comme des espaces de cohabitation entre humains et non-humains ? Les dispositifs techniques, urbains et numériques seront envisagés comme des lieux de négociation écologique et sociale, où se redéfinissent les manières d’habiter, de percevoir et de partager la Terre.
- Éthiques du soin, de la négociation et du maintien du lien social
Comment penser le soin du monde comme une pratique collective de régulation des différends et de reconnaissance mutuelle ? Comment instituer des formes de coopération, de médiation et de responsabilité partagée capables d’articuler la préservation des milieux de vie et la cohésion des sociétés humaines ?
- Frontières, appartenances et recomposition du vivre-ensemble
Face aux migrations climatiques, aux fractures économiques et culturelles et à la défiance envers les institutions, comment repenser la solidarité à l’échelle planétaire ? Quelles formes de négociation institutionnalisée et de traduction interculturelle peuvent renouveler les fondements du vivre-ensemble terrestre, en reconnaissant à la fois la pluralité des appartenances et l’unicité du monde habitable ?
- Économie et écologie : contraintes, pratiques et transformations
Les crises écologiques actuelles nous invitent à repenser non seulement nos liens au vivant et à la Terre, mais aussi la manière dont nous faisons l’économie avec et dans la nature. Comment l’économie peut-elle intégrer les contraintes écologiques sans les réduire à de simples externalités ? Que nous enseigne l’histoire économique et sociale sur notre rapport à l’environnement ? Comment repenser les actions et comportements économiques dans un monde marqué par la complexité et l’incertitude face aux enjeux écologiques et aux conséquences politiques, économiques et sociales qui en découlent ?
Modalités de travail
Les activités de l’université européenne d’été (UEE) comprennent, comme lors des précédentes éditions, des conférences plénières le matin et des ateliers thématiques l’après-midi. Les responsables d’ateliers prendront contact avec les participants quelques semaines avant le début de l’UEE : ils pourront les réunir pour préciser les modalités de déroulement de l’atelier et pour entamer le travail sur les textes et matériels choisis. Ce travail préparatoire et la mise en commun pendant les trois jours d’atelier aboutiront à la présentation finale des résultats, et éventuellement à la rédaction d’un texte qui sera mis en ligne sur le site du réseau OFFRES.
Les ateliers se tiennent en parallèle sur toute la durée de l’UEE et se déroulent en cinq séances réparties comme suit :
- 3 séances de travail en équipe
- 1 séance de rédaction en commun
- 1 séance plénière de présentation des résultats des ateliers
PROGRAMME
12 juillet – Accueil des participants
Arrivée des participants et installation à la résidence universitaire
13 juillet
Matin
9h15 – Ouverture officielle
Présentation de l’Université européenne d’été 2026
- Chiara Pesaresi – Introduction au thème du Monde commun
10h00 – Conférences plénières
- Arnaud François (Université de Poitiers) – Chaque degré compte : le sens de l’action climatique
- Chiara Mengozzi (Université Charles) – Échos de la Terre : prêter l’oreille, aiguiser l’attention
Après-midi – Travail en ateliers (séances parallèles)
- Une politique de la nature est-elle possible ?
Atelier dirigé par Michel Baudouin (Éducation Nationale, France),
- Le commun esthétique: Politiques du jardin terrestre
Atelier dirigé par Orgest Azizaj (Musée Picasso, Paris), Momchil Hristov (Université de Sophia) - De l’espèce humaine au genre animal. Nous repolitiser par la dissolution du sens commun?
Atelier dirigé par Clément Lion (Université de Lille) et Sofia Sorokina (Södertörn University, Suède) - Réconcilier économie et écologie (atelier franco-allemand)
Atelier dirigé par Miriam Teschl (l’Université Goethe de Francfort), Falk Bretschneider (EHESS Paris)
- Le lien vital à la terre: l’agriculture
Atelier dirigé par Guillaume de Vaulx (Education nationale, France) et Alexandre Dubreu (Université du Littoral Côte d’Opale)
14 juillet
Matin
- Oriane Petteni (Université de Liège) – Crise écologique, anthropocène et menace d’extinction : ce qu’une relecture écocritique de la Naturphilosophie a à nous dire
- Riccardo Rezzesi (Université Catholique de Lyon) – Conflit, affrontement et politique du monde commun : une lecture personnaliste
Après-midi
Travail en ateliers
15 juillet
Matin
- Ophélie Desmons (Sorbonne Université) – Quelle éducation face au changement climatique? Légitimité et difficultés d’une éducation à la justice climatique
- Jean-Baptiste Juillard (Sorbonne Université) – “Radicaliser la contestation ? Reconfigurations de la légitimation de la violence face à l’urgence écologique”
Après-midi
Travail en ateliers
16 juillet
Matin
- Iwona Janicka – Quels récits pour une terre habitable ? Le rôle de la spéculation écologique dans la cohabitation entre humains et non-humains. »
- Pierre-Guillaume Paris (Education Nationale) – Faire monde avec les autres qu’humains : attachement, résonance et féralité
Après-midi
Travail en ateliers, mise en commun des résultats et préparation des présentations finales.
17 juillet – Journée libre
18:00 Conseil du réseau OFFRES
18 juillet – Présentation des résultats des ateliers Matin
Séance plénière de restitution des travaux des ateliers.
Discussion collective et clôture de l’Université d’été.
19 juillet – Départ des participants
Comité scientifique
Chiara Mengozzi, maîtresse de conférences en théorie littéraire, Université Charles de Prague, co-présidente du réseau OFFRES
Chiara Pesaresi, maîtresse de conférences en philosophie, Université catholique de Lyon (UCLy), co-présidente du réseau OFFRES
Arnaud François, professeur de philosophie, Université de Poitiers
Ondřej Švec, maître de conférences en philosophie, Université Charles de Prague
Comité d’organisation
Chiara Mengozzi, Université Charles de Prague
Ondřej Švec, Université Charles de Prague
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
cristinalvares (12 avril 2026). VERS UN MONDE COMMUN ? DÉCONSTRUIRE LES CONFLITS, REPENSER LES LIENS TERRESTRES | 25ᵉ Université européenne d’été du réseau OFFRES | Université Charles de Prague |12-19 juillet 2026. Animots. Consulté le 21 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/161yy











